Cours de l’or : l’once bondit à 4 363 $ après la suppression de 23 000 emplois aux États-Unis
Le cours de l’or a bondi vendredi 7 août jusqu’à 4 363 dollars l’once, signant sa meilleure semaine depuis janvier, après l’annonce d’une suppression surprise de 23 000 emplois aux États-Unis en juillet. Mais le véritable moteur de cette envolée n’est pas la peur : c’est un pari sur les taux d’intérêt, nourri — paradoxalement — par une détente géopolitique au Moyen-Orient.
Un rapport sur l’emploi qui prend les marchés à contre-pied
Le Bureau of Labor Statistics a publié vendredi, à 14 h 30 heure belge, des chiffres bien plus faibles qu’attendu. L’économie américaine a détruit 23 000 emplois en juillet, alors que les économistes tablaient sur environ 80 000 créations. Même les prévisions les plus pessimistes ne descendaient pas sous la barre des 10 000. Le mois de juin a lui aussi été révisé en forte baisse, à seulement 20 000 créations. C’est la deuxième contraction du marché du travail américain depuis le début de l’année.
Un détail mérite l’attention, car il est contre-intuitif : le taux de chômage a baissé, de 4,2 % à 4,1 %. Bonne nouvelle en apparence, mais l’explication tient surtout au recul du taux de participation — autrement dit, des personnes qui renoncent à chercher un emploi sortent des statistiques et ne sont plus comptées comme chômeurs. Les économistes décrivent un marché en mode « slow hire, slow fire » : on n’embauche plus, mais on ne licencie pas encore massivement.
La réaction sur le marché de l’or a été immédiate. L’once, qui évoluait autour de 4 320 dollars juste avant la publication, s’est envolée de près de 3 % sur la journée pour atteindre 4 363,70 dollars, un plus haut de sept semaines. Sur l’ensemble de la semaine, la hausse dépasse 7 % : la meilleure performance hebdomadaire depuis janvier.
Le cours de l’or sur douze mois : du record de janvier 2026 au rebond du 7 août.
Pourquoi une mauvaise nouvelle économique fait monter l’or
Tout se joue sur les taux réels
L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Le détenir a donc un coût, que les financiers appellent le « coût d’opportunité » : chaque euro placé en or est un euro qui ne rapporte pas de rendement obligataire. Quand les taux d’intérêt montent, ce coût grimpe et l’or perd de son attrait. Quand ils baissent — ou simplement quand le marché cesse d’anticiper une hausse — la contrainte se relâche. Ce qui compte vraiment, c’est le taux réel : le taux d’intérêt diminué de l’inflation. Un taux réel qui baisse reste, historiquement, le meilleur carburant du métal jaune.
Une banque centrale qui envisageait de monter ses taux
Particularité de la séquence actuelle : depuis plusieurs semaines, les marchés n’anticipaient pas une baisse mais bien une hausse des taux directeurs américains en septembre, sur fond d’inflation alimentée par la flambée des prix de l’énergie. La gouverneure de la Réserve fédérale Lisa Cook déclarait encore récemment être « prête à agir sur les taux si l’inflation reste élevée ».
Le rapport sur l’emploi rebat les cartes. Selon l’outil FedWatch du CME, qui mesure les anticipations des marchés obligataires, la probabilité d’un tour de vis en septembre est retombée autour de 50 %, contre environ 67 % une semaine plus tôt. Chaque point de probabilité en moins est un point gagné pour l’or.
Le vrai déclencheur de la semaine : la paix, pas la peur
C’est ici que se niche le paradoxe de cette semaine. On associe spontanément la hausse de l’or aux crises, aux guerres et aux paniques boursières. Or ce n’est pas l’escalade qui a lancé ce rallye, c’est la désescalade.
Après des semaines de tension autour du détroit d’Ormuz — le goulet d’étranglement par lequel transite une part majeure du pétrole mondial —, Téhéran a fait un pas de côté : plutôt qu’une fermeture complète, l’Iran a évoqué la seule interdiction des navires « hostiles », et les discussions sur une réouverture partielle ont progressé. Résultat : le baril a perdu environ 10 % en une semaine.
La chaîne de causalité est alors mécanique. Un pétrole moins cher, c’est moins d’inflation importée. Moins d’inflation, c’est moins de raisons pour la Fed de durcir sa politique monétaire. Et moins de hausse de taux en perspective, c’est un environnement plus favorable à l’or.
« L’or se comporte actuellement comme un dérivé des anticipations de politique monétaire », résume Kyle Rodda, analyste senior chez Capital.com. Autrement dit : ce que l’on observe n’est pas une ruée classique vers la valeur refuge, mais un pari financier sur la baisse des taux réels. La nuance est importante, car elle rend le mouvement plus fragile — il dépend entièrement de la trajectoire monétaire.
Comment une désescalade géopolitique finit par faire monter le cours de l’or.
L’argent s’envole encore plus fort que l’or
Quand l’or grimpe pour des raisons monétaires, l’argent amplifie presque toujours le mouvement. Deux raisons à cela : son marché est nettement plus étroit, ce qui accentue les variations, et il cumule une double casquette de métal précieux et de métal industriel — panneaux solaires, électronique, réseaux électriques.
Vendredi, l’once d’argent gagnait 4,4 % à 64,16 dollars, portant sa progression hebdomadaire à environ 11,6 %. Le platine n’est pas en reste : au-dessus de 1 750 dollars l’once, il évolue au plus haut depuis sept semaines, soutenu par un déficit d’offre structurel — la production, concentrée à 80 % en Afrique du Sud, ne couvre plus la demande. Sur la seule semaine écoulée, or et argent ont ajouté à eux deux quelque 2 200 milliards de dollars de capitalisation.
Le repli du pétrole a précédé — et nourri — la hausse des métaux précieux.
Les niveaux techniques à surveiller
Le cours de l’or bute sur sa moyenne mobile à 100 jours, autour de 4 389 dollars.
L’or a franchi cette semaine sa moyenne mobile à 50 jours — la moyenne de ses cours sur les cinquante dernières séances, un repère très suivi par les traders. Ce niveau, autour de 4 151 dollars, joue désormais le rôle de plancher. L’obstacle suivant se situe juste au-dessus du cours actuel : la moyenne mobile à 100 jours, aux alentours de 4 389 dollars. Une clôture nette au-dessus de ce seuil ouvrirait la voie vers 4 500 dollars.
Prudence toutefois : le rallye reste suspendu au scénario monétaire. « Un rapport sur l’emploi plus solide que prévu pourrait faire remonter les probabilités de hausse de taux et mettre le rallye à l’épreuve », prévenait avant la publication Han Tan, chef analyste chez Bybit. Le chiffre est allé dans l’autre sens, mais la symétrie vaut aussi : les prochaines statistiques d’inflation américaines seront scrutées de très près.
Un rebond, pas encore un retour au sommet
Il faut garder la mesure. Malgré une semaine spectaculaire, l’or reste environ 22 % en dessous de son record historique de janvier 2026, atteint autour de 5 608 dollars l’once. L’argent, lui, évolue encore à près de 47 % de son propre sommet. Depuis ces pics, les deux métaux ont vu s’évaporer plus de 13 000 milliards de dollars de valeur cumulée. Ce qui s’est joué cette semaine relève donc de la reconquête, pas du record — un rappel utile pour ceux qui ont suivi la chute sous les 4 000 dollars en juin dernier.
Malgré le rebond, l’or reste 22 % sous son record et l’argent 47 % sous le sien.
Deux points d’appui structurels méritent néanmoins d’être signalés :
Les banques centrales continuent d’acheter. La Banque populaire de Chine a de nouveau renforcé ses réserves en juillet, d’environ 20 tonnes, prolongeant une série d’achats ininterrompue depuis plus d’un an et demi. Cette demande officielle, peu sensible aux variations de court terme, constitue un plancher discret mais réel sous le marché.
Les prévisions restent orientées à la hausse. UBS estime que le mouvement « dispose d’un soutien » et voit l’once revenir vers 5 000 dollars l’an prochain. Et malgré la correction du printemps, l’or affiche toujours une progression de l’ordre de 26 à 28 % sur douze mois — une performance que peu de classes d’actifs peuvent revendiquer. Nous avions d’ailleurs analysé en quoi la baisse de 2026 diffère du krach de 2013.
Ce que cela change concrètement pour un épargnant
Pour un particulier, ce type de séquence livre deux enseignements pratiques.
D’abord, le cours de l’or ne se lit pas uniquement à travers les gros titres géopolitiques. Un chiffre de l’emploi américain publié un vendredi après-midi pèse souvent bien plus lourd sur le prix du gramme qu’une manchette alarmante. Comprendre le calendrier macroéconomique vaut mieux que suivre l’actualité au jour le jour.
Ensuite, la volatilité est bien réelle : entre le record de janvier et le creux de juin, l’écart dépasse 1 600 dollars l’once, soit près de 30 %. Cela invite à raisonner sur un horizon long plutôt qu’à réagir séance après séance — et, en cas de projet d’achat ou de revente, à surveiller le cours sur plusieurs jours plutôt que de se fier à un instantané.
Prix de l’once, du gramme et du kilo, pour l’or comme pour l’argent, le platine et le palladium — actualisés en continu sur Orobel.
Questions fréquentes sur le cours de l’or
Cours arrêtés au vendredi 7 août 2026. Les prix mentionnés évoluent en permanence : consultez le cours des métaux précieux en temps réel pour une valeur actualisée. Cet article est publié à titre d’information et ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.













