Le cours de l’or chute sous les 4 000 $, une première depuis novembre 2025

Published On: juin 24th, 2026Last Updated: juin 24th, 2026
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Le cours de l’or est repassé sous la barre symbolique des 4 000 dollars ce mercredi 24 juin 2026, une première depuis novembre 2025. Un dollar au plus haut depuis treize mois, une Réserve fédérale américaine devenue résolument offensive et l’apaisement des tensions au Moyen-Orient ont eu raison du métal jaune. Décryptage d’une correction qui rebat les cartes du marché de l’or.

Un seuil psychologique qui cède

Ce 24 juin, l’once d’or a brièvement plongé jusqu’à environ 3 990 dollars, en recul de près de 3 % — quelque 125 dollars — sur la séance. Il faut remonter à novembre 2025 pour retrouver le métal précieux sous ce niveau.

Graphique du cours de l'or sur un an : du record de janvier 2026 à la chute sous 4 000 dollars l'once

Le cours de l’or, du record de janvier 2026 à la cassure des 4 000 $ (juin 2026).

La chute est spectaculaire rapportée au sommet de l’année. Fin janvier, l’once s’était hissée à un record historique de près de 5 595 dollars. En cinq mois, elle a donc abandonné près de 1 600 dollars, soit plus d’un quart de sa valeur. Sur un mois, le repli atteint près de 12 % ; depuis le 1er janvier, le bilan ressort à environ −7 %.

Un constat mérite toutefois d’être rappelé pour garder la mesure : malgré ce décrochage, l’or affiche encore une progression d’environ 20 % sur un an glissant. La correction efface l’envolée du début 2026, pas le mouvement de fond des dernières années. Pour suivre l’évolution au jour le jour, consultez le cours de l’or en temps réel.

Pourquoi le cours de l’or baisse-t-il ?

Trois forces conjuguées expliquent ce reflux. Toutes pointent vers un environnement devenu nettement moins favorable au métal jaune.

Un dollar au plus haut depuis treize mois

Premier moteur de la baisse : la vigueur du billet vert. L’indice dollar a grimpé autour de 101,3 points, son plus haut niveau depuis mai 2025, porté par des capitaux qui affluent vers les actifs américains et la technologie. Or l’or se négocie en dollars : quand la devise américaine s’apprécie, le métal devient mécaniquement plus cher — donc moins attractif — pour les investisseurs qui raisonnent en euros, en yens ou en yuans. L’euro, lui, est retombé autour de 1,13 dollar. Cette relation inverse entre dollar et or joue ici à plein.

Une Réserve fédérale passée à l’offensive

Deuxième facteur, sans doute le plus déterminant : le tour de vis monétaire qui se profile aux États-Unis. Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a tenu un discours résolument restrictif (hawkish) pour ses débuts, réaffirmant la priorité donnée à la lutte contre l’inflation. Conséquence : les marchés n’anticipent plus une baisse des taux, mais bien une hausse, possiblement dès septembre — une probabilité estimée autour de 76 % par les contrats à terme.

Pour l’or, c’est une mauvaise nouvelle. Le métal ne verse ni intérêt ni dividende : c’est un « actif non rémunéré ». Lorsque les taux montent, le rendement des obligations et des placements monétaires devient plus alléchant, et le coût d’opportunité de détenir de l’or s’alourdit. Les investisseurs attendent désormais l’indice PCE, la mesure d’inflation préférée de la Fed publiée jeudi : une lecture encore élevée, alimentée par des prix du pétrole tendus, renforcerait le scénario d’une politique monétaire plus dure, plus longtemps.

La prime géopolitique se dégonfle

Troisième ressort, plus paradoxal : l’accalmie diplomatique. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février, l’or avait bénéficié d’une solide prime de risque, les investisseurs se réfugiant vers les valeurs sûres. Mais l’avancée des négociations entre Washington et Téhéran — sur les inspections nucléaires comme sur la réouverture du détroit d’Ormuz — détend l’atmosphère. À mesure que le risque géopolitique reflue, la demande de protection s’évapore, et avec elle une partie du soutien dont profitait le métal. En clair : ce qui avait dopé l’or le pénalise aujourd’hui à rebours.

L’argent et les matières premières décrochent aussi

La baisse ne touche pas que l’or, signe qu’il s’agit d’un mouvement macroéconomique d’ensemble plutôt que d’un problème propre au métal jaune. L’argent a lâché environ 5 % sur la séance, à quelque 58 dollars l’once, son plus bas depuis décembre 2025. Plus volatil que l’or en raison de ses usages industriels, il a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis son pic de janvier (près de 121 dollars). Le platine (1 587 dollars) et le palladium (1 180 dollars) suivent la même pente.

Prix des métaux précieux le 24 juin 2026 : or, argent, platine et palladium

Or, argent, platine et palladium : la photographie des métaux précieux au 24 juin 2026.

Même le pétrole reflue : le baril de WTI a cédé plus de 4 % autour de 70 dollars, le Brent revenant sous 74 dollars, ses niveaux d’avant-guerre. Cette correction synchronisée illustre le double choc qui frappe les matières premières : un dollar fort et la perspective de taux durablement élevés.

Les niveaux techniques à surveiller

Sur le plan graphique, la zone des 4 000 à 4 100 dollars est désormais jugée cruciale par les analystes. « La combinaison de rendements obligataires plus élevés, d’un dollar plus ferme et de la perspective de taux maintenus haut plus longtemps continue de peser sur l’appétit des investisseurs pour les actifs non rémunérés », résume Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières chez Saxo Bank. Selon lui, une cassure durable sous cette zone pourrait déclencher « une nouvelle vague de capitulation » et des ventes en cascade.

Niveaux techniques du cours de l'or : zone de résistance 4 000-4 100 $ et support à 3 885 $

La zone des 4 000-4 100 $ et le support des 3 885 $, niveaux clés du moment.

En dessous, le premier filet de sécurité se situe autour de 3 885-3 900 dollars, un plancher déjà testé fin octobre 2025. Tant que ce support tient, la plupart des spécialistes écartent l’idée d’un effondrement.

Ce que prévoient désormais les banques

Sans surprise, les grandes maisons ont revu leurs cibles à la baisse. Goldman Sachs a ramené son objectif de fin 2026 de 5 400 à 4 900 dollars. Deutsche Bank a abaissé sa prévision du troisième trimestre à 4 300 dollars (−20 %) et celle du quatrième à 4 800 dollars. ING vise désormais 4 300 dollars au troisième trimestre et 4 600 au quatrième, contre 4 850 et 5 000 auparavant. Citigroup, plus prudente, table sur 4 000 dollars à trois mois.

Prévisions du cours de l'or revues à la baisse par Goldman Sachs, Deutsche Bank, ING et Citigroup

Des objectifs de cours revus à la baisse, mais toujours au-dessus du cours actuel.

Fait notable : malgré ces coupes, la quasi-totalité de ces cibles restent supérieures au cours actuel — autrement dit, les analystes anticipent plutôt un rebond après la tempête. Dans un scénario extrême où la Fed relèverait ses taux trois à quatre fois, l’once pourrait toutefois retomber jusqu’à 3 800 dollars. « Les achats des banques centrales se poursuivent, un effondrement est donc peu probable, mais il faut s’attendre à une longue phase de consolidation : le trade sur l’or est passé de mode », tempère Tai Wong, négociant indépendant sur les métaux. Une lecture à mettre en regard des causes de la baisse amorcée début juin.

Faut-il s’inquiéter ? Le regard de long terme

Une correction de cette ampleur a de quoi impressionner, mais elle survient après une envolée hors norme. Sur la durée, plusieurs piliers continuent de soutenir l’or : les banques centrales restent acheteuses nettes, la demande physique demeure solide, et le métal conserve son statut de valeur refuge et d’outil de diversification face à l’incertitude. Rappelons qu’au cours actuel, l’or reste environ 20 % plus haut qu’il y a un an.

Pour l’épargnant, ce repli change surtout la perspective d’entrée : ceux qui souhaitent acheter de l’or retrouvent des niveaux inédits depuis l’automne, tandis que ceux qui envisagent de vendre de l’or cèdent un métal encore historiquement élevé. Comme toujours, la décision dépend de l’horizon de placement et de la part d’or jugée souhaitable dans un patrimoine.

Cet article est publié à titre d’information et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cours mentionnés sont ceux observés le 24 juin 2026 et peuvent évoluer à tout moment.

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