Baisse du cours de l’or : pourquoi 2026 ne ressemble pas au krach de 2013

Published On: juin 11th, 2026Last Updated: juin 11th, 2026
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L’or a perdu près de 22 % depuis son record de 5 589 $ l’once atteint le 29 janvier 2026. Pour beaucoup d’observateurs, ce repli en rappelle un autre, douloureux : le krach de 2013 et les trois années de baisse qui ont suivi. Les deux épisodes partagent des symptômes — remontée des taux, dollar fort, ventes massives — mais leurs causes profondes et leur contexte sont très différents. Comprendre cette différence est essentiel pour ne pas tirer les mauvaises leçons du passé. Décryptage.

Comparaison de la baisse du cours de l'or entre 2011-2015 et 2026

La chute de 2013-2015 fut un effondrement long (–45 %). En 2026, l’or n’a reculé que de 22 % depuis son record — pour l’instant. Source : LBMA, World Gold Council.

2013-2015 : la fin d’un cycle, dans la violence

Pour saisir ce qui s’est joué il y a une décennie, il faut revenir au point de départ. L’or sortait d’un marché haussier de douze ans : de moins de 300 $ l’once en 2001, il avait grimpé jusqu’à un sommet d’environ 1 920 $ en septembre 2011, porté par la crise financière et les politiques monétaires ultra-accommodantes. Puis le vent a tourné.

Le coup d’envoi de la chute est d’une brutalité restée célèbre. À la mi-avril 2013, plusieurs déclencheurs se conjuguent : Goldman Sachs conseille à ses clients de vendre l’or à découvert, et Chypre est sommée par l’UE et le FMI de céder ses réserves d’or. Le vendredi 12 avril, le cours casse le seuil des 1 530 $, puis s’effondre. Comme l’a raconté Adrian Ash dans la revue Alchemist de la LBMA, l’or a perdu près de 30 % sur l’ensemble de 2013, dont 25,4 % rien qu’au deuxième trimestre — et la moitié de cette chute en deux jours seulement. Le métal touche son point bas de l’année à 1 180 $ fin juin.

La cause de fond, elle, porte un nom : le taper tantrum. En mai 2013, le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke annonce que la Fed va commencer à réduire (« taper ») ses injections de liquidités. Les marchés obligataires paniquent : le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans bondit d’environ 2 % à près de 3 % en quelques mois. Des taux qui montent et un dollar qui se renforce, c’est mécaniquement défavorable à l’or, qui ne verse aucun intérêt. S’ensuit une véritable capitulation des investisseurs occidentaux, qui désertent les fonds indiciels (ETF) adossés à l’or, en partie absorbée par les achats physiques asiatiques (Inde, Chine). Mais cela n’a pas suffi à enrayer la baisse : le marché restera durablement déprimé, jusqu’à un creux autour de 1 050 $ fin 2015.

2026 : une correction après une envolée record

Le tableau de 2026 est, à première vue, similaire — et pourtant fondamentalement différent. L’or vient de connaître une année 2025 exceptionnelle : selon le Conseil mondial de l’or (World Gold Council), le métal a inscrit plus de 50 records absolus et progressé de plus de 60 %, l’une de ses meilleures années depuis 1971. Du creux de septembre 2022 au sommet de janvier 2026, la hausse atteint, selon Reuters, près de 245 %.

La correction actuelle prend racine dans un cocktail macroéconomique précis. Des données solides sur l’emploi américain ont ravivé la crainte, non pas de baisses de taux, mais d’une hausse des taux de la Fed. Le rendement du 10 ans américain est remonté autour de 4,5 %, et le dollar s’est raffermi. À cela s’ajoute un paradoxe géopolitique : les tensions entre les États-Unis et l’Iran font grimper le pétrole, ce qui nourrit les craintes d’inflation… et donc l’anticipation d’une Fed plus restrictive. Comme l’analyse le chroniqueur Clyde Russell de Reuters, l’or évolue désormais en miroir du pétrole : quand le brut monte sur fond de conflit, l’or baisse. Nous détaillons ces mécanismes dans notre article sur la page dédiée au cours de l’or.

Trois différences de fond entre 2013 et 2026

1. Un resserrement réel hier, seulement redouté aujourd’hui

En 2013, la Fed a réellement enclenché un virage : réduction des achats d’actifs, puis première hausse de taux fin 2015. Le durcissement monétaire était une réalité tangible. En 2026, rien de tel : le marché n’évalue qu’une probabilité de hausse — et d’une seule, d’un quart de point, qui n’a pas encore eu lieu. La pression sur l’or vient d’une anticipation, pas d’un fait accompli. La nuance est de taille : une crainte peut se dissiper bien plus vite qu’un cycle de resserrement engagé.

2. La capitulation des ETF occidentaux contre le pilier des banques centrales

C’est sans doute la différence la plus structurante. En 2013, le moteur de la chute était la fuite des investisseurs occidentaux hors des ETF : l’or, sur-détenu après la crise, a subi une vague de ventes. En 2026, la demande repose sur des fondations bien plus solides. Les banques centrales — Chine en tête — achètent massivement et de façon continue depuis plusieurs années, pour des raisons stratégiques (diversification, dé-dollarisation) largement insensibles aux variations de cours. Et selon le World Gold Council, les encours des ETF or restent encore inférieurs à ceux des cycles haussiers passés : il n’y a pas, cette fois, de bulle d’investisseurs prête à capituler en masse.

Achats nets d'or des banques centrales de 2010 à 2025, en tonnes

Achats nets d’or des banques centrales, 2010-2025. Source : World Gold Council, Metals Focus.

3. Fin de marché haussier hier, correction dans une tendance intacte aujourd’hui

En 2013, l’or refermait un cycle de douze ans : la baisse qui a suivi fut un véritable bear market de plusieurs années, avec une perte de l’ordre de 45 % entre le sommet de 2011 et le creux de 2015. En 2026, la baisse intervient après une ascension fulgurante et récente. Les ressorts de fond du marché — risques géopolitiques, endettement des États, recherche de diversification — restent en place. Le World Gold Council décrit d’ailleurs un scénario central plutôt stable, et réserve son scénario le plus baissier (« Reflation Return », soit une correction de 5 % à 20 %) au cas où les politiques pro-croissance réussiraient pleinement. Nous sommes, à ce stade, dans une correction — pas dans un effondrement de régime.

Ce qui se ressemble malgré tout

Soyons honnêtes : les deux épisodes ne sont pas étrangers l’un à l’autre. Dans les deux cas, la hausse des taux et la vigueur du dollar augmentent le « coût d’opportunité » de détenir un actif qui ne rapporte aucun rendement. Dans les deux cas aussi, la baisse fait suite à une envolée spectaculaire — et l’histoire montre que les rallyes violents sont souvent suivis de corrections marquées. Clyde Russell rappelle ainsi qu’après la hausse de 170 % entre 2008 et 2011, l’or avait reculé de 37 %. Le risque, pour 2026, serait que la correction se prolonge si la Fed devait réellement durcir le ton. C’est précisément ce que ces différences de contexte permettent de surveiller, sans céder ni à la panique, ni à l’excès de confiance.

Et maintenant, que peut-il se passer ?

Personne ne peut prédire le cours de l’or avec certitude. Les scénarios du World Gold Council pour 2026 vont d’une légère hausse (en cas de ralentissement économique et de baisses de taux) à une correction de 5 % à 20 % (si la croissance et l’inflation forcent la Fed à durcir sa politique). Entre les deux, le métal pourrait simplement évoluer dans une fourchette. L’enseignement le plus solide de la comparaison avec 2013 n’est pas un pronostic, mais une grille de lecture : tant que les banques centrales achètent et que les fondamentaux restent porteurs, une baisse, même brutale, ne signifie pas nécessairement la fin du cycle.

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