L’or des Nazis et la Suisse : une association trouble.

L’or sale des nazis fait référence aux actifs transférés en or par le Troisième Reich à diverses banques allemandes pendant la seconde guerre mondiale.

L’or au service de l’effort de guerre allemand.

Le régime allemand a appliqué une politique de pillage des biens de ses victimes pour financer la guerre. Le transfert de ces biens s’est fait avec la collaboration de certaines institutions bancaires.

En 1939, Adolf Hitler se prépare activement à la guerre. Il est furieux, car les finances de l’Allemagne sont au bord de l’effondrement. Le pays risque la faillite de ses grandes banques. L’Allemagne qui, s’apprête à se lancer à l’assaut de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Belgique et de la France a pourtant les caisses vides. Hitler sait qu’il lui faut de l’or convertible en argent, qui est le nerf de la guerre moderne afin d’acheter les matériaux stratégiques nécessaires aux forces armées du Reich.

Dès le début de la guerre, les victoires de l’armée allemande marquent le début d’une chasse au trésor sans précédent. Dans tous les territoires occupés, les allemands se livrent au pillage des lingots, pièces et bijoux en or aussi bien que des devises. Ils fouillent et pillent les caisses d’épargne, les banques privées, l’or des bijoutiers, des joailliers.

Entre novembre et décembre 1940, hormis l’or, l’armée allemande va récolter et piller en Belgique une somme équivalente à 4320 millions d’euros d’aujourd’hui.

La Belgique possédait environ 730 tonnes d’or, mais les visées allemandes obligèrent le gouvernement belge à sécuriser son or. Ainsi, les 730 tonnes d’or de la banque nationale belge et les 57 tonnes d’or polonais plus 10 tonnes d’or luxembourgeois, furent confiées à la banque centrale française pour les mettre en lieu sûr. Cet or fut ensuite transporté au port d’Ostende et embarqué à destination de Bordeaux.

Une fois pillé, le territoire belge n’est plus une source attractive. Les allemands se retournent alors vers les Pays-Bas. Ils y mettent la main sur 100 tonnes d’or. L’essentiel de cet or payera des livraisons d’acier, de tungstène, de pétrole. Malheureusement, le gisement d’or néerlandais s’épuise aussi. L’or de la banque nationale belge (BNB), devient alors un enjeu central pour les nazis. Les Allemands interrogent les autorités de Vichy, or cet or n’est plus à Bordeaux, mais sur le continent africain.

En effet, le 18 juin 1940, le jour où de Gaulle avait lancé son appel à la France libre depuis Londres, vingt-quatre heures après la demande d’armistice du maréchal Pétain au IIIe Reich, un escadron chargé d’or, avait levé l’ancre, avec 288 tonnes d’or. Les Etats-Unis étaient la destination prévue, mais la destination fut changée, et le cap fut mis sur le Sénégal, loin des champs de batailles européens. L’or fut transporté à la base militaire de Thiès puis à Kayes (au Mali) pour le protéger dans le désert du Sahara, loin des côtes sénégalaises. Les autorités pétainistes proposent à Berlin de rapatrier cet or. Deux avions iront chercher quelques tonnes d’or au Sénégal pour les livrer aux nazis. Puis, Vichy ordonne, sans en avertir les gouverneurs des banques européennes, de livrer la totalité de l’or européen aux Allemands. L’opération est risquée car seule la voie terrestre offre une sécurité suffisante face aux sous-marins et aux avions alliés.

Les caisses d’or partent pour une invraisemblable odyssée ! De Kayes vers Bamako puis Kukikuru, au Soudan français, elles sont transbordées dans des camions légers puis des bateaux sur le fleuve Niger, mais les inondations bloquent le convoi. Après des mois d’attente, elles arrivent à Tombouctou, puis de Gao, elles partent à dos de chameaux pour 1700 km de piste, et 1600 km de train pour enfin arriver à Alger. Là, des avions cargos français, puis des appareils allemands les conduisent à Berlin. En tout, un voyage de dix-huit mois.

Impuissants, les Belges protestent. Falsifiés, les lingots d’or sont acheminés en Suisse afin de servir l’effort de guerre nazi. On prétend que les nazis n’ont pas envahi la Suisse car elle n’était pas perçue comme  une menace. Elle fut aussi très utile au Reich avec services bancaires et de change d’or. On voit bien les avantages que la Suisse obtenait de sa neutralité ambiguë, source de sa richesse.

Le blanchiment de l’or des victimes.

Dès l’été 1942, les camps de concentration et d’extermination livrent leur effroyable butin : dents en or arrachées, montures de lunettes en or, alliances, chaînes de montres confisquées. Selon des sources bien informées, près 20 kilos d’or sortaient chaque semaine du camp de concentration d’Auschwitz. Les dents étaient extraites tout de suite après l’asphyxie dans les chambres à gaz, avant toute crémation. L’or était ensuite envoyé sous escorte à Berlin.

La Banque centrale du Reich réceptionnait tout l’or. Les bijoux à faible teneur en or ainsi que les pierres précieuses étaient écoulés tel quel sur divers marchés. L’or de meilleure qualité était raffiné, fondu et exporté en lingots d’or fin, ce qui masquait  sa véritable origine.

Le rapport Eizenstat, demandé par Bill Clinton et publié en 1996 signale qu’une partie au moins de l’or vendu à l’étranger avait été arraché aux victimes des camps de concentration ainsi qu’à d’autres civils. Une proposition de restitution de l’or des victimes de l’Holocauste fut émise conformément à l’accord de Washington. Mais ladite proposition fut écartée à cause de la difficulté de déterminer la provenance de l’or. Le rapport fini par constater qu’une fois refondu par le Reich, il était impossible de distinguer l’or volé aux victimes de celui qui ne l’était pas.

Au printemps 1945, les troupes américaines découvrirent  caché dans une mine de sel près de la petite ville de  à Merkers en Thuringe, un énorme trésor composé de palladium et platine, de 250 tonnes de lingots d’or, des valises entières de couronnes, de montres, et de bijoux en or volés aux juifs. On y trouvât également un registre manuscrit parlant d’un compte ouvert à la Reichbank sur lequel était déposé de l’or volé, soit environ 8 307 lingots. En Allemagne, en tout cas, les archives de la Reichsbank sur l’or nazi en provenance des camps ont mystérieusement disparu.

Le pillage massif de l’or dans les pays occupés fut une opération essentielle au financement de la machine de guerre allemande. Parmi les pays neutres, la Suisse fut le principal banquier et intermédiaire financier des nazis. Le franc suisse était la seule devise convertible durant toute la guerre. D’autres pays neutres tels que l’Espagne, le Portugal, la Turquie ont été précieux pour fournir des  matières premières. Ils contribuèrent aussi au blanchiment de l’or volé. Les deux tiers de l’or vendu ont été illégalement acquis, pillés essentiellement à la Belgique et aux Pays-Bas.

Règlements financiers et restitution de l’or.

Dès 1943, les Alliés commencent à faire pression sur les pays neutres pour refuser l’or des nazis. En 1944, Américains et Britanniques déclarent que les transactions d’or de l’Allemagne  avec les neutres ne seront pas reconnues après la guerre. A cet effet, Washington lance le coup d’envoi de l’opération « Safehaven » ou « havre de paix », afin d’éviter que les avoirs nazis volés trouvent « un refuge sûr » dans des pays étrangers.

Après les accords de paix, les Alliés exigèrent que la Suisse restitue l’or volé. En effet, l’Allemagne a déposé en Suisse de l’or volé d’une valeur actuelle d’environ 4 milliards de dollars. Les trois quarts de cet or ont continué à rapporter des bénéfices, non pas aux victimes mais aux « dépositaires nazis ». Le 25 mai 1946, l’accord de Washington est signé. En septembre 1946, l’or trouvé en Allemagne fut rassemblé dans un fonds commun pour être redistribué aux pays spoliés. La suisse participa au paiement de réclamations émises par la Belgique, par l’entremise de la banque de France qui récupéra environ 130 tonnes d’or.

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