L'histoire de la Russie et de la folle spéculation sur le palladium

28 septembre 2015
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Plus rare que l'or, le palladium a enflammé les industriels et spéculateurs dans les années 2000. Une production venu essentiellement de Sibérie par des sites construits sous Staline... Voyage dans un étrange eldorado.

 

Bienvenue à Norilsk, la plus grande ville minière et métallurgique au nord du cercle polaire. Enfouie sous la neige huit mois par an, cette terre de désolation sibérienne recèle en fait des richesses minérales considérables : un peu d'or et d'argent, mais surtout du palladium. Début 2000, ce métal précieux de la famille des platinoïdes a enflammé les marchés.

En l'espace de quelques mois, son cours s'est envolé, passant de 200 dollars l'once à plus de 1 000 dollars.  

A l'origine de cette flambée, la Russie, source des 3/4 de l'approvisionnement mondial, qui a laissé planer le doute quant à sa capacité à alimenter la demande. Tout ce qui touche de près ou de loin au palladium relève en Russie du secret d'Etat et ce marché est entouré de mystère. 

Le marché du palladium a dans les années 2000 traversé une décennie plus tumultueuse que tous les autres métaux précieux. Bien que cela soit difficile à imaginer aujourd’hui, le prix du palladium était au début de notre siècle supérieur à celui du platine. Alors que les cours de l’or et de l’argent semblaient encore stagner au début des années 2000, celui du palladium grimpait en flèche. 

 

Qui vend, qui achète, à quel prix, en quelle quantité ?


Contrairement à la plupart des matières premières, les transactions ne s'effectuent pas sur les marchés spécialisés de Londres ou de New York. Les intermédiaires - négociants et transformateurs (Engelhard-Clal, Johnson Matthey), banques suisses (UBS, Credit Suisse First Boston) et sud-africaine (Standard Bank) - se sont réunis au sein du London Platinum and Palladium Market (LPPM).

Constituée en 1987, cette association de " gentlemen-traders " organise et fixe, seule, les règles sur le marché des platinoïdes. En fait, sa mission consiste à déterminer un cours en fonction de l'offre et de la demande. Un des spécialistes des métaux précieux de Crédit Suisse First Boston témoigne :

"C'est un tout petit marché, avec peu d'acteurs, très spéculatif, où tout est très discret"

Les marchés de l'or et du diamant, pourtant très sensibles, pourraient presque apparaître comme des modèles de transparence... 

 

La Russie, principale source d'extraction de Palladium.


 

En 2007, la Russie était le pre­mier pro­duc­teur de pal­la­dium avec une part mon­diale de 49 %, suivie par l’Afrique du Sud, 36 % et l’Amérique du Nord,12 %. En fait, la majeure partie du pal­la­dium est extraite des mine­rais de cuivre et nickel. La pro­duc­tion oscille actuel­le­ment autour de 225 t/an.

En Russie, très loin de Moscou, le secret du palladium trouve ses origines. A Norilsk précisément, un ancien goulag stalinien. Ses prisonniers ont donné les premiers coups de pioche dans les mines, posé les premières pierres des usines. Dans cette ville-usine, plus de 200 000 personnes vivent de l'extraction et de la production de métaux non ferreux.

Le processus de production du palladium est long. Après extraction dans de gigantesques mines à ciel ouvert et souterraines, le minerai est chargé dans une chaudière puis traité par électrolyse. On obtient alors du cobalt et du nickel, puis un résidu d'où seront extrait les platinoïdes dont le palladium.  Le palladium n'en représente qu'une infime partie. Sa concentration ne dépasse pas 0,00000016 %, 1,6 gramme pour 10 tonnes. Une teneur infime mais encore trois fois supérieure à celle des minerais sud-africains, l'autre zone de production du palladium.  

 

Lire aussi : la Russie souligne la manipulation des cours de l'or.

 

Les quatre sources de la Demande en Palladium.


 

  • Pots catalytiques (49 %). Le palladium sert en association avec le platine et le rhodium, à accélérer la transformation des produits toxiques issus de la combustion du carburant (monoxyde de carbone, oxydes d’azote) en composés moins nocifs : dioxyde de carbone et eau (cf. Platine). Un pot catalytique contient en moyenne 3-5 g de palladium, en grande partie recyclé lors de la mise à la casse des véhicules.
  • Industries électroniques et électriques (16 %). Plus de 33 tonnes de palladium sont consommées annuellement, parfois allié à l’argent ou au nickel, dans la fabrication de condensateurs multicouches en céramique et de connecteurs. Ces condensateurs se trouvent dans des composants électroniques grand public : téléphones mobiles, ordinateurs, télécopieurs, électronique embarquée des véhicules, etc. 
  • Prothèse dentaire (12 %). Principale utilisation avant l’avènement des pots catalytiques, sous forme de divers alliages avec le cuivre, l’argent, l’or ou le platine, voire le zinc.
  • Joaillerie (15 %) où il est utilisé par exemple dans la composition de l’or blanc, alliage d’or, de palladium (4 à 5 %) et de nickel. 

 

Pourquoi le cours du palladium a explosé dans les années 2000 ?


 

A mesure que se développait la bulle sur la technologie, une pénurie de tantale poussa de nombreux producteurs de téléphonie mobile à se tourner vers le palladium, alors bien moins cher. L’arrivée de cette nouvelle demande sur le marché du palladium fit flamber son cours.

Ford, dont la manufacture de pots catalytiques nécessite l’utilisation de palladium, eut peur qu’une rupture de stock ne vienne menacer sa production et, dans un mouvement de panique, acheta de très grandes quantités de palladium, entraînant une flambée de son prix jusqu’à plus de 1000 dollars l’once.

L’utilisation de palladium dans la fabrication de téléphones portables fut rapidement remplacée par un alliage d’argent, et le surplus de l’offre sur le marché du palladium entraîna un effondrement de son prix qui força Ford à déclarer une perte financière d’un milliard de dollars. 

La Russie a toutefois continué de se débarrasser de ses réserves de palladium accumulées à l’époque Soviétique, tout au long des années 1970 et 1980. Le prix du palladium finit par atteindre un record à la baisse au printemps 2003, se stabilisant autour de 150 dollars. En raison des importantes ventes de la Russie, il fallut plus de deux années pour que le cours du palladium connaisse une nouvelle poussée à la hausse.

 

Lire aussi : Pourquoi le rhodium a grimpé à 220 millions d'euros la tonne ?

 

Le prix du palladium résista autour de 400 dollars l'once. Puis une crise de l’énergie s’abatta sur l’Afrique du Sud en janvier 2008, le pays déclara l’état d’urgence alors que l’instabilité des réseaux électriques menaçait le pays de coupures de courant généralisées. Les acteurs du marché du palladium s’inquiétèrent d’une éventuelle rupture de stocks sur le long terme, et son prix augmenta brutalement jusqu’à atteindre 600 dollars l’once. 

La tendance finit par se renverser au mois de mars, le gouvernement Sud-Africain promettant de mieux desservir les sociétés minières en électricité. Le prix du palladium se déstabilisa pendant quelques mois avant de s’effondrer en juillet 2008. Les traders en tirèrent ensuite le prix à la baisse jusqu’à ce qu’il atteigne à nouveau 160 dollars l’once au mois de décembre. 

Le prix du palladium a ensuite enregistré un rebond impressionnant en 2009 et vu son prix doubler. Etant une ressource industrielle indispensable, le métal blanc grimpa parallèlement au prix du cuivre tout au long de l’année 2009, alors que les inquiétudes du marché s’apaisaient. La hausse du prix du palladium fut également soutenue par la création d’un nouvel ETF aux Etats-Unis : PALL. 


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